Gâteau Reine de Saba de Pierre Hermé

Gâteau Reine de Saba de Pierre Hermé

Dans le panthéon de la pâtisserie française, peu de gâteaux peuvent prétendre à une telle noblesse avec une telle simplicité. Le Reine de Saba est un monument. Mais lorsque ce classique est revisité par le maître incontesté du sucré, Pierre Hermé, on quitte le monde du simple “gâteau au chocolat” pour entrer dans celui de la haute couture gourmande.

En tant que chef, j’ai une affection particulière pour cette recette. Elle représente l’essence même de ce que doit être un gâteau de ménage élevé au rang d’art : peu d’ingrédients, mais une technique irréprochable et un respect absolu des températures. Le Reine de Saba, c’est l’anti-gâteau éponge. C’est une matière dense, humide, presque truffée, qui doit sa texture unique à la présence de la poudre d’amande et à une cuisson millimétrée. Oubliez les fondants qui coulent ou les moelleux trop aérés ; ici, nous cherchons l’onctuosité et l’élégance. C’est le gâteau du dimanche par excellence, celui qui réconcilie toutes les générations autour de la table.

Harmonie de textures et de saveurs

Ce gâteau est une leçon d’équilibre. Il ne joue pas sur la puissance brute du sucre, mais sur la profondeur du cacao.

La première sensation en bouche est celle de la croûte supérieure : une fine pellicule meringuée, légèrement craquante, qui cède immédiatement sous la pression du palais. Ensuite, on découvre le cœur. Grâce à la poudre d’amande, la mie possède une texture granuleuse très fine, presque sableuse, mais incroyablement humide grâce au beurre. Ce n’est pas pâteux, c’est fondant. Gustativement, le chocolat noir (que l’on choisira corsé) est adouci par le gras du beurre et la douceur de l’amande. C’est un mariage heureux, sans fausse note, où l’amertume est domptée mais présente, offrant une longueur en bouche exceptionnelle.

Pourquoi cette version fonctionne si bien

La version de Pierre Hermé se distingue par sa précision chirurgicale dans les ratios. Là où d’autres recettes surchargent en farine (ce qui assèche le gâteau), le Maestro réduit la part de gluten au strict minimum, laissant la part belle à l’amande et au chocolat.

  1. Le foisonnement des blancs : La structure du gâteau repose essentiellement sur l’air incorporé dans les blancs d’œufs. C’est eux qui vont “porter” le chocolat lourd et le beurre, créant cette texture mousseuse qui fige à la cuisson.

  2. La sous-cuisson maîtrisée : Le secret de cette recette réside dans son cœur à peine pris. Le Reine de Saba ne doit jamais être totalement cuit à cœur, sinon il devient étouffant. Il doit rester “tremblotant” au centre à la sortie du four.

  3. L’équilibre Amande/Chocolat : L’amande n’est pas là pour le goût “frangipane”, mais pour retenir l’humidité (l’eau de constitution) et empêcher le gâteau de sécher, même deux jours après.

Gâteau Reine de Saba de Pierre Hermé

Temps & Organisation

La pâtisserie est une école de l’anticipation. Préparez tout avant de commencer, car une fois le chocolat fondu, il ne faut pas traîner.

  • Temps de préparation : 20 à 25 minutes

  • Temps de cuisson : 25 à 30 minutes (selon votre four)

  • Temps de repos : 2 heures (pour que la texture se stabilise)

  • Difficulté : Chef de Partie (Intermédiaire – demande de la délicatesse au mélange)

Matériel

Pour réussir ce chef-d’œuvre, équipez-vous correctement :

  • Un moule à manqué rond (20 ou 22 cm de diamètre). Idéalement à charnière pour un démoulage sans risque.

  • Un robot pâtissier ou un batteur électrique pour monter les blancs.

  • Une maryse (spatule souple) : L’outil indispensable pour “macaronner” la pâte sans casser les blancs.

  • Un thermomètre de cuisson (optionnel mais recommandé pour le chocolat).

  • Une grille de refroidissement.

Ingrédients (Pour 6 à 8 personnes)

La qualité du chocolat est non négociable. Prenez un chocolat de couverture ou une tablette de dégustation à 60% ou 70% de cacao.

  • 125 g de chocolat noir (qualité supérieure)

  • 125 g de beurre doux (à température ambiante)

  • 3 œufs entiers (calibre moyen)

  • 125 g de sucre en poudre

  • 50 g de poudre d’amande

  • 30 g de farine T55

  • 20 g de fécule de maïs (Maïzena)

  • Beurre et farine pour le moule

Préparation

1. La Préparation du Moule et du Four

  • Préchauffez votre four à 180°C (Th. 6) en chaleur tournante.

  • C’est une étape que l’on néglige souvent, mais qui est cruciale : beurrez généreusement votre moule, puis farinez-le en tapotant pour retirer l’excédent. Ou mieux : chemisez le fond avec un disque de papier sulfurisé.

2. La Fonte (L’Appareil Chocolat)

  • Hachez le chocolat au couteau s’il est en tablette.

  • Faites fondre le chocolat au bain-marie (ou au micro-ondes par séquences de 30 secondes) jusqu’à ce qu’il soit lisse.

  • Ajoutez le beurre coupé en dés dans le chocolat chaud. Mélangez doucement à la maryse. La chaleur résiduelle du chocolat suffit à faire fondre le beurre. Vous devez obtenir une émulsion brillante et lisse. Laissez tiédir (le mélange doit être autour de 40-45°C).

3. La Séparation et le Blanchiment

  • Clarifiez les œufs : séparez les blancs des jaunes dans deux récipients distincts.

  • Dans un cul-de-poule, fouettez les jaunes avec la moitié du sucre (soit environ 60g). Battez jusqu’à ce que le mélange blanchisse et forme un “ruban” onctueux.

  • Versez le mélange chocolat/beurre tiédi sur les jaunes montés. Mélangez délicatement.

4. L’Incorporation des Poudres

  • Incorporez la poudre d’amande au mélange chocolaté.

  • Tamisez ensemble la farine et la fécule de maïs directement au-dessus du bol. Mélangez à la maryse jusqu’à disparition des traces de farine. L’appareil est alors dense et sombre.

5. La Meringue et le Mélange Final

  • Montez les blancs en neige. Lorsqu’ils commencent à mousser, ajoutez le reste du sucre en pluie pour les “serrer”. Ils doivent être fermes mais pas cassants (le fameux “bec d’oiseau”).

  • Incorporez un tiers des blancs dans la pâte au chocolat et fouettez vivement pour “détendre” l’appareil (le rendre plus souple).

  • Incorporez ensuite les deux tiers restants très délicatement, à la maryse, en soulevant la masse du centre vers les bords et en tournant le bol. Ne travaillez pas trop la pâte : il vaut mieux qu’il reste quelques traces de blanc plutôt que de faire retomber l’appareil.

6. La Cuisson

  • Versez la pâte dans le moule. Lissez la surface.

  • Enfournez pour 25 à 30 minutes.

  • Le test du Chef : Piquez un cure-dent à 2 cm du bord : il doit ressortir sec. Piquez au centre : il doit ressortir légèrement humide et taché de chocolat. Si le cure-dent est sec au centre, le gâteau est trop cuit.

Comment servir

Sortez le gâteau du four et laissez-le refroidir 10 minutes dans son moule avant de le démouler sur une grille. Il est très fragile à chaud, soyez patient.

Ce gâteau ne se sert pas chaud, mais à température ambiante. C’est là que le beurre et le chocolat ont la texture parfaite. Vous pouvez le saupoudrer d’un voile de cacao amer ou de sucre glace pour l’esthétique, mais il se suffit à lui-même. Une crème anglaise légère à la vanille bourbon ou une boule de glace au yaourt feront des accompagnements parfaits pour contraster avec la densité du chocolat.

Textures & Saveurs

C’est une expérience “velours”. L’absence de levure chimique donne une mie serrée, riche, “fudgy” comme disent les anglo-saxons, mais avec cette touche française raffinée apportée par l’amande. Le goût est intense, puissant, persistant. C’est un gâteau de caractère qui demande à être dégusté par petites bouchées, en prenant le temps de laisser fondre la matière sur la langue.

Conseils de Chef

Pour atteindre le niveau de Pierre Hermé :

  1. La Température des Œufs : Sortez vos œufs du réfrigérateur 1 heure avant. Des blancs à température ambiante montent mieux et s’incorporent plus facilement sans grainer le chocolat.

  2. La Qualité de l’Amande : Si vous le pouvez, achetez des amandes entières et mixez-les vous-même (avec la peau pour un goût plus rustique, ou mondées pour plus de finesse). La poudre fraîchement moulue a un parfum incomparable.

  3. Le Sel : N’oubliez jamais la pincée de fleur de sel dans la pâte au chocolat ou dans les blancs. Le sel est un exhausteur de goût qui va faire vibrer le cacao.

Variantes

Bien que la recette originale soit sacrée, on peut s’autoriser quelques digressions :

  • L’Agrume : Le chocolat noir adore l’orange. Ajoutez le zeste d’une orange bio finement râpé dans l’appareil chocolat/beurre.

  • Le Croquant : Ajoutez 50g d’éclats de noix de pécan torréfiées ou de grué de cacao (fèves concassées) pour apporter une mâche supplémentaire.

  • Le Sans Gluten : Cette recette s’adapte très bien au “Gluten Free”. Remplacez les 30g de farine par 30g supplémentaires de fécule de maïs ou de fécule de pomme de terre.

Conservation & Service

Le Reine de Saba est un gâteau de voyage, il se conserve très bien.

  • Conservation : Emballez-le hermétiquement dans du film alimentaire ou sous cloche. Il se garde 3 à 4 jours à température ambiante (autour de 20°C).

  • Frigo ? Évitez le réfrigérateur autant que possible. Le froid fige le beurre et le chocolat, rendant le gâteau dur et compact. Si vous devez le mettre au frais (canicule), sortez-le au moins 2 heures avant de le déguster.

  • Congélation : Il supporte très bien la congélation. Coupez-le en parts, filmez-les individuellement. Laissez décongeler tranquillement à température ambiante.

FAQ (Foire Aux Questions)

1. Mon gâteau s’est affaissé au centre, est-ce raté ? Au contraire ! C’est souvent le signe d’un cœur fondant réussi. En refroidissant, la structure au centre se rétracte un peu. C’est le charme rustique du Reine de Saba.

2. Puis-je utiliser du chocolat au lait ? Je vous le déconseille fortement. Le chocolat au lait contient plus de sucre et de lait en poudre, ce qui modifierait la texture (plus mou) et rendrait le gâteau écœurant de sucre. Si vous trouvez le noir trop fort, prenez un 50% ou 55%.

3. Pourquoi mettre de la fécule et de la farine ? Pierre Hermé utilise ce mélange pour alléger la structure. La farine apporte le gluten pour la tenue, la fécule apporte de la légèreté et du friable. C’est le secret de la finesse de la mie.

4. Les blancs d’œufs sont difficiles à incorporer, comment faire ? Le secret est de “sacrifier” une partie des blancs. En fouettant vivement la première partie des blancs dans le chocolat, vous rapprochez les textures. Ensuite, l’incorporation du reste est un jeu d’enfant.

5. Peut-on faire des versions individuelles ? Oui, dans des moules à muffins ou des petits cercles. Attention, le temps de cuisson sera drastiquement réduit : comptez 10 à 12 minutes maximum.

Conclusion

Réaliser le Reine de Saba de Pierre Hermé, c’est toucher du doigt l’excellence pâtissière française sans avoir besoin d’un laboratoire professionnel. C’est une recette qui demande de l’humilité et de la précision, mais qui vous récompense au centuple par le plaisir qu’elle procure. C’est dense, c’est noir, c’est divin. À vous de jouer le rôle du chef pâtissier !

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