Il est des moments dans l’année où la cuisine se transforme en un véritable atelier d’orfèvrerie populaire. La période du Carnaval, avec ses effluves de sucre glace et sa nostalgie d’enfance, trouve son apogée dans la confection des bugnes. Pour un cuisinier, la bugne n’est pas un simple morceau de pâte frit ; c’est un défi technique qui joue sur les limites de l’élasticité et de la légèreté. Cette recette, que nous traitons avec le respect dû aux grands maîtres comme Christophe Felder, incarne l’équilibre absolu entre deux écoles que l’on pensait irréconciliables : la bugne lyonnaise, fine et craquante, et sa cousine stéphanoise, plus charnue et briochée. On ne parle pas ici d’un simple encas de fête foraine, mais d’une pâtisserie de précision où la qualité du beurre et la finesse du zeste déterminent la noblesse du résultat final.
S’attaquer aux bugnes, c’est entrer dans une temporalité particulière. C’est l’éloge de la patience. Contrairement à d’autres gourmandises de l’instant, la bugne exige que l’on sache attendre que le gluten se détende, que les arômes de fleur d’oranger infusent la fibre de la pâte et que la levure opère sa magie silencieuse. Dans ma vision de chef, ce dessert est le symbole d’une gastronomie de partage, une pièce maîtresse qui s’accumule dans de grands saladiers, prête à être dévorée par des mains impatientes. C’est un hommage à la convivialité française, un pont jeté entre la rigueur de la haute pâtisserie et la chaleur des foyers. Réaliser cette recette, c’est s’offrir une évasion sensorielle où la chaleur de l’huile de friture vient sceller une texture de nuage, une promesse de douceur qui, malgré sa simplicité apparente, demande une main de velours et un œil exercé.
L’harmonie de textures et de saveurs 🥣
Le succès d’une bugne d’exception repose sur une architecture sensorielle minutieusement orchestrée autour de la dualité. L’harmonie commence par le contact initial avec la croûte. On cherche une surface qui a réagi instantanément au choc thermique, créant une pellicule dorée et fragile, presque cassante, qui offre une résistance éphémère. C’est cette première sensation de friabilité qui prépare le terrain. Immédiatement après, on plonge dans le cœur de la bugne. Là, c’est une déferlante de moelleux. La pâte, grâce à un apport généreux en œufs et en beurre, doit offrir une structure alvéolée et souple, une mie légère qui semble se dissoudre sous la pression de la langue. C’est ce paradoxe entre le croustillant des pointes et l’évanescence du centre qui constitue le socle du plaisir gustatif.
Au niveau des saveurs, le dialogue est d’une richesse remarquable, construit sur un équilibre millimétré entre le gras noble, le sucre et les notes d’agrumes. Le beurre, utilisé avec discernement, apporte la rondeur et cette saveur de noisette caractéristique des pâtes levées. Puis, les arômes de tête interviennent : le citron et l’orange, souvent associés à la fleur d’oranger, injectent une note de fraîcheur vibrante qui vient nettoyer le palais et contrebalancer la richesse de la friture. Le sucre glace, ajouté en voile final, apporte une sucrosité immédiate mais fugitive, qui s’efface devant la profondeur de la pâte fermentée. C’est une symphonie de tons beiges et blancs, une expérience où la chaleur de la cuisson exalte les parfums volatiles des zestes. Chaque bouchée est une oscillation entre la force de la tradition boulangère et la délicatesse d’un parfum d’été, créant une finale longue, suave et profondément satisfaisante.
Pourquoi cette version fonctionne si bien 🧑🍳
La réussite insolente de cette recette tient à une gestion intelligente de l’hydratation et du temps de maturation. Contrairement aux versions domestiques souvent trop denses, cette méthode privilégie une pâte riche en œufs et en beurre, ce qui crée une émulsion stable et souple. Le secret réside dans le repos prolongé au froid. En laissant la pâte maturer au réfrigérateur, on permet aux sucres complexes de se développer et au gluten de se relâcher totalement. C’est cette étape qui garantit que la bugne ne sera pas élastique après la cuisson, mais bien fondante. La chimie opère lors de la friture : le froid de la pâte face à la chaleur de l’huile crée un choc thermique qui limite l’absorption de graisse tout en provoquant un développement spectaculaire des alvéoles.
La technique opère également grâce au double levage, utilisant souvent une combinaison de levure boulangère pour le goût et parfois une touche de levure chimique pour la légèreté immédiate lors de la cuisson. En étalant la pâte de manière extrêmement fine, on maximise la surface de contact avec l’huile, ce qui permet une cuisson éclair qui saisit les arômes sans les dénaturer. Enfin, le choix d’aromatiser la pâte “dans la masse” avec des zestes frais plutôt que des arômes artificiels assure une persistance olfactive incomparable. C’est cette science de l’inertie thermique et du respect des temps de fermentation qui transforme une simple pâte frite en un entremets de haute volée, capable de rivaliser avec les plus grandes viennoiseries par sa justesse et sa légèreté.
Temps & organisation 🕒
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Temps de préparation : 40 minutes
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Temps de repos : 2 heures minimum (l’idéal est une nuit entière au frais)
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Temps de cuisson : 1 à 2 minutes par fournée
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Difficulté : Intermédiaire, demande de la vigilance sur la température de l’huile
Matériel 🥣
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Un robot pâtissier muni du crochet (ou un grand cul-de-poule pour un pétrissage manuel)
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Une friteuse ou une sauteuse à bords hauts (pour une friture sécurisée)
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Un thermomètre de cuisine (essentiel pour viser les 170-180°C)
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Un rouleau à pâtisserie performant (ou un laminoir pour une finesse absolue)
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Une roulette crantée (pour le visuel traditionnel)
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Une grille ou du papier absorbant
Ingrédients (Pour 8 à 10 personnes) 📋
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500 grammes de farine T45 ou T55 de qualité supérieure
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5 œufs entiers de gros calibre
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100 grammes de beurre doux pommade
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50 grammes de sucre semoule
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10 grammes de sel fin
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20 grammes de levure boulangère fraîche (ou 7g de levure déshydratée)
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Le zeste d’un citron jaune biologique
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2 cuillères à soupe d’eau de fleur d’oranger
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1 cuillère à soupe de rhum ambré (optionnel)
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Huile de friture neutre (pépin de raisin ou tournesol)
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Sucre glace en abondance pour la finition
Préparation 🔪
1. La naissance de la pâte

Dans la cuve de votre robot, déposez la farine, le sucre, le sel et la levure émiettée (veillez à ce que la levure ne touche pas directement le sel pour ne pas la brûler). Ajoutez les œufs, la fleur d’oranger et le rhum. Commencez à pétrir à vitesse lente pendant environ 10 minutes. La pâte doit se décoller des parois et devenir élastique.
2. L’incorporation du beurre
Ajoutez le beurre pommade en plusieurs fois. Continuez de pétrir jusqu’à ce que le beurre soit parfaitement intégré. Incorporez enfin les zestes de citron. La pâte doit être lisse, brillante et souple. Formez une boule, placez-la dans un cul-de-poule et couvrez-la d’un linge.
3. La phase de maturation
Laissez la pâte pousser une première fois à température ambiante pendant 1 heure. Dégazez-la ensuite en appuyant dessus avec le poing. Enveloppez-la de film étirable et placez-la au réfrigérateur pour au moins 2 heures (une nuit entière est préférable pour développer les arômes et faciliter l’étalage).
4. Le façonnage chirurgical
Sur un plan de travail légèrement fariné, étalez la pâte très finement (environ 2 à 3 mm d’épaisseur). À l’aide de la roulette crantée, découpez des losanges ou des rectangles d’environ 10 cm de long. Pratiquez une petite fente au centre de chaque bugne et faites passer une extrémité dans l’incision pour donner la forme traditionnelle.

5. L’épreuve du feu
Faites chauffer l’huile de friture à 175°C. Plongez les bugnes par petites quantités (elles ne doivent pas se chevaucher). Elles vont gonfler instantanément. Laissez-les dorer environ 45 secondes par face. Elles doivent être uniformément ambrées mais ne surtout pas brunir.
6. Le drainage et le poudrage
Retirez les bugnes à l’aide d’une écumoire et déposez-les sur une grille recouverte de papier absorbant pour éliminer l’excédent de gras. Attendez qu’elles tiédissent légèrement avant de les saupoudrer généreusement de sucre glace.
Comment servir 🍽️
Le service des bugnes demande de la spontanéité. Elles sont à leur apogée environ 15 à 20 minutes après la friture, quand le cœur est encore tiède et que le sucre glace n’a pas encore eu le temps d’être absorbé par l’humidité de la pâte. Présentez-les dans un grand compotier ou une corbeille tapissée d’une serviette en tissu pour conserver une légère chaleur.
Pour une dégustation de chef, vous pouvez accompagner ces bugnes d’un chocolat chaud onctueux à l’ancienne ou, pour une touche plus fraîche, d’une salade d’agrumes marinée à la menthe. Le contraste entre le gras noble de la friture et l’acidité des fruits est une merveille gastronomique. N’hésitez pas à proposer un petit bol de sucre glace supplémentaire sur la table pour les plus gourmands.
Textures & saveurs 👅
En bouche, c’est une véritable caresse sensorielle qui s’opère. On rencontre d’abord le craquant éphémère de la croûte qui semble se dissoudre instantanément sous l’effet de la chaleur buccale. Puis, la langue s’enfonce dans la mie : c’est une surprise, une texture de nuage, une douceur lactée qui libère les parfums de la fleur d’oranger et du citron. L’amertume du zeste vient bousculer la sucrosité du sucre glace, créant un rythme gustatif dynamique. Le final est marqué par le goût du beurre de qualité et la note chaleureuse du rhum, laissant une empreinte de gourmandise pure qui invite irrémédiablement à la prochaine bouchée.
Conseils de chef 👨🍳
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La température de l’huile : C’est le secret absolu. Si l’huile est trop froide (moins de 160°C), la bugne va pomper le gras et devenir lourde. Si elle est trop chaude (plus de 190°C), elle brûlera en surface sans cuire à cœur. Le thermomètre est votre meilleur allié.
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La finesse de l’étalage : Plus la pâte est fine, plus la bugne sera craquante. Pour une bugne briochée, gardez 5 mm ; pour une bugne cristalline, visez 1 à 2 mm.
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Le repos au froid : Ne faites jamais frire une pâte qui sort d’un pétrissage chaud. Le froid est nécessaire pour que le beurre reste figé jusqu’au contact de l’huile, créant ainsi les alvéoles de vapeur.
Variantes 🌀
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La version Chocolatée : Ajoutez une cuillère à soupe de cacao amer dans la pâte pour une bugne aux notes sombres, que vous saupoudrerez d’un mélange de sucre glace et de cannelle.
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Le twist aux Agrumes : Mélangez zestes d’orange, de citron vert et de pamplemousse pour une explosion de fraîcheur acidulée.
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L’option “Boulangère” : Remplacez le rhum par de la bière blonde dans la pâte. Les levures de la bière apporteront une légèreté supplémentaire et une note de céréales très intéressante.
Conservation & service 🧊
Les bugnes sont des produits de l’instant. Elles se conservent toutefois 24 à 48 heures dans une boîte en métal bien hermétique, à l’abri de l’humidité qui est leur pire ennemie. Si elles ont ramolli, vous pouvez les passer 2 minutes dans un four chaud (150°C) pour leur redonner un peu de croustillant, puis les saupoudrer à nouveau de sucre glace. Je déconseille formellement la congélation, car le choc thermique à la décongélation détruirait la structure délicate de la mie.
FAQ ❓
Pourquoi mes bugnes ne gonflent-elles pas ? Cela vient généralement d’une levure fatiguée ou d’une huile pas assez chaude. Assurez-vous que votre levure boulangère est active et que votre huile est bien à 175°C avant d’immerger la pâte.
Peut-on utiliser de la levure chimique seule ? Oui, mais le résultat sera plus proche du sablé frit que du beignet. Vous perdrez la texture briochée et le goût caractéristique de la fermentation que l’on recherche ici.
Mes bugnes sont grasses en bouche, que faire ? Vérifiez la température de l’huile. Si elle chute trop lors de l’ajout des bugnes, le gras pénètre au cœur de la fibre. Ne surchargez pas votre friteuse pour que la température reste stable.
Comment obtenir une forme bien régulière ? L’utilisation d’un laminoir (celui pour les pâtes fraîches) est une astuce de chef redoutable pour obtenir une épaisseur parfaitement constante sur toute la surface de la pâte.
Quel sucre utiliser pour la finition ? Le sucre glace est le classique incontournable car il s’accroche à la micro-texture de la bugne. Pour un aspect plus rustique, vous pouvez utiliser un sucre semoule très fin mélangé à un peu de cannelle.
Conclusion de la recette 🌟
Réussir les bugnes de Christophe Felder, c’est s’approprier l’art du contraste et de la légèreté. C’est la preuve éclatante qu’avec des produits nobles et une technique respectueuse des temps de repos, on peut transformer une tradition populaire en un moment de gastronomie pure. En soignant votre pétrissage et en maîtrisant la température de votre friture, vous offrirez à vos convives bien plus qu’un beignet : vous leur offrirez une évasion dans le confort absolu de l’enfance. Il ne vous reste plus qu’à laisser la magie du sucre glace opérer. Bonne dégustation !
User Review
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Au plaisir Merci